mercredi 12 novembre 2014

Statistiques ethniques, c'est chic


Deux sénateurs viennent de découvrir qu'il serait intéressant de réaliser des statistiques ethniques et plus précisément, à leur avis, de proposer des questions relatives à l'ethnie au cours du recensement qui se réalise tous les cinq ans.
Cette question qui revient périodiquement au cœur du débat public est très nulle mais politiquement et sociologiquement intéressante.
Je ne vais pas m'étendre dans de grandes théories de méthodologie statistique ou de considérations éthiques ou sociologiques, je vais me contenter d'aborder des questions pratiques.
D'abord, qu'entend on par stat ethniques ?
Le grand public (et surtout Zemmour) ne comprend dans ce concept qu'une vague assimilation aux stat ethno-raciales. En dehors du fait que cela est anticonstitutionnel (à vérifier mais si ce ne l'est pas, il faudra y penser pour la sixième)comment s'y prendre pour déterminer cette notion bien vaseuse.
Tout le monde pense évidemment à la couleur de peau. C'est tellement simple : les blancs sont occidentaux, les noirs sont africains, les jaunes asiatiques...après ça se complique un peu. Les rouges ? Et les gris ? Et les bronzés ? Après, on peut inventer tout un arc en ciel de couleurs de peaux, d'yeux et de cheveux selon ses aïeux et ses origines plus ou moins connues.
L'appartenance ethnique est subjective. On a le sentiment d'appartenir à telle ethnie, à tel groupe culturel,  de posséder une certaine couleur de peau....tout ça ne doit pas être lié à une notion religieuse...mais pourtant...
Tout cela est statistiquement  improbable. Le statisticien a besoin en premier lieu de données objectives et mesurables. Et dans ce cas, nous n'avons ni l'un, ni l'autre.
En admettant qu'on arrive à se mettre d'accord sur certaines informations minimalistes (et sans fondement scientifique), que pourrions nous faire de ces données ? N'a t'il pas un danger spécifique ?
L'histoire de l'organisme qui a précédé l'Insee est édifiante en la matière. L'illustration de ce petit billet devrait suffire. Tout cela est sordide.
Dans tous les cas les précautions et les limites d'utilisation de telles Stats seraient particulièrement complexes. Quand on assiste au contresens ou aux difficultés d'interpretation et de compréhension de Stats pourtant peu complexes par Zemmour, on peut imaginer les utilisations d'autres données beaucoup plus sensibles et difficiles.
Enfin, si l'objectif est simplement de mesurer les discrimations et les difficultés rencontrées par des personnes d'origine  étrangère, il existe des études dont la source est une enquête Insee Ined, nommée TeO Trajectoires et origines collectée en 2008. Ces deux sénateurs l'ignorent peut être.
Quand je vous dis que le Sénat doit être profondément réformé pour ne pas dire supprimé !

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