lundi 2 novembre 2026

Le doute


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Il faisait déjà chaud en ce 10 juin. Cette journée annonçait un été qui fut particulièrement brûlant à plus d’un titre. Le parking de la clinique de la rive droite était plein comme un œuf, comme d’habitude, mais la chance me sourit, une fois n’est pas coutume, une place m’attendait. Après quelques manœuvres acrobatiques, le véhicule fut garé et nous nous dirigeâmes vers la salle d’attente, qui elle non plus, ne désemplissait pas. Cécile m’accompagnait. Elle était inquiète et surtout me voyait nerveux.

L’attente ne fut pas trop longue. L’examen que j’allais subir, IRM prostatique, nécessitait une petite préparation avec injection intraveineuse et piqûre dans l’épaule. Rien d’extraordinaire mais mon infirmière, Nadia, n’était manifestement pas dans un bon jour. Veine difficile à trouver, piquage et repiquage à volonté, puis piqûre très douloureuse dans le bas de l’épaule. Ça commençait mal. La suite ne serait guère mieux. Bien pire, devrais-je dire. Vingt minutes les bras au-dessus de la tête avec une charge lourde sur le bas-ventre dans un espace exigu, un tube étroit, ce n’est pas top, mais ça va. Certes le bruit est infernal, mais ça va. Je patientais en comptant. D’abord jusqu’à six cents, puis à l’envers ; L ‘attente des résultats fut moins drôle. J’appréhendais ce moment et je n’avais pas tort.

Allez savoir pourquoi je le sentais ? Je le redoutais et je m’en doutais. Verdict : deux nodules douteux, risque élevé de cancer, code PI-RADS 4/5. Depuis deux ans déjà j’avais intériorisé cette situation. Au fil des analyses, je voyais bien que les résultats prenaient une pente ascendante légère mais préoccupante. Le trend n’était pas bon. Le médecin radiologue, un jeune homme mince, réservé, avec des petites lunettes, calculant ses mots, m’expliquait qu’une biopsie était probablement nécessaire. L’urologue allait décider. Il se voulait rassurant mais ne l’était pas. Pas facile. Cécile ne manquait pas de lire l’inquiétude sur mon visage.  Il fallait avancer, je passais à autre chose mais les nuits qui suivirent étaient presque blanches, sans autre couleur.


samedi 31 octobre 2026

L'étrangère dans la glace

 (titre en écho d'une chanson de HFT)

Répéter ou ne rien dire.

A chaque visite c'est la question qui me taraude. 

Ne rien dire, c'est embêtant. Répéter c'est fatiguant. 

Ne pas aller la voir pour se réserver, faire en sorte de ne pas s'énerver, c'est culpabilisant.

Alors on y va, on avait promis de garder son calme, de l'aimer, de lui sourire, de la faire rire, d'embellir deux ou trois heures de sa vie triste et monotone. Quel jour, quel mois, quelle saison ? elle l'ignore et s'en moque. Sa mémoire s'efface.

Et puis, le temps est long, ce n'est plus tout à fait elle, ce n'est plus tout à fait moi. La maladie a tout bouleversé, la vieillesse a fait le reste. 

Les visites ne sont plus un plaisir, ne sont pas encore une torture mais on sent bien qu'on y va, lentement.


mercredi 28 octobre 2026

Ce nouveau monde


Ce monde n'est plus le mien !

Marcher dans une rue que vous avez toujours connue, et avoir la sensation de vivre dans un monde inconnu. C'est troublant. Les gens me ressemblent mais plus tout à fait. Dans cette rue piétonne, j'avance un pied puis l'autre comme avant, pas pressé mais d'un bon pas. Et puis on me double simplement, naturellement. J'accélère. On me double encore sans le vouloir pourtant. J'accélère encore, à fond. On me double toujours. C'est surprenant. Ils n'ont pourtant que deux jambes, comme moi. 

Tout à coup, je remarque un détail qui m'avait échappé jusque-là : contrairement à moi, ils n'ont pas les cheveux gris et clairsemés, très clairsemés. La couleur des cheveux ralentit donc la démarche. En revanche les énormes touffes sur la tête des jeunes hommes ne les freinent pas. 

J'observe ces gens, souvent jeunes, vacances scolaires obligent, avec une certaine tendresse empreinte de mélancolie. La plupart vont me succéder dans ce monde incertain. Devrais-je les envier ? peut-être, au moins pour leurs cheveux magnifiques et frisés. Ca y est, la vieillesse m'étreint lentement avec douceur mais sans faiblir. 

lundi 26 octobre 2026

Bruits et douleurs

 


Depuis quelques mois, j'ai le cœur qui cogne ! 

Je n'ai pas d'émotion, je ne me suis pas pressé, mais j'ai le cœur qui cogne.

Je l'ai toujours ignoré, à l'exception d'un bref instant passé près d'une blouse blanche. 

Il battait là pour moi, sans que je m'en soucie. 

Et puis les années ont passé, les décennies aussi, et un jour, il a bougé plus fort. 

D'un toc toc toc, il est passé à un TOC toctoctoctoc     TOC. 

Il voulait entrer dans ma vie, je ne voulais plus l'entendre mais il a forcé la porte. Il est devenu l'unique souci dans mes pensées. Tant et si bien qu'on l'a opéré. Bien fait pour lui. 

Il cicatrise maintenant mais il prend son temps, un temps long, trop long pour moi. Il continue à cogner, moins fort, différemment, peut-être pour dire merci ? 

Le doute

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