Curieusement, la nuit qui suivit fut plus douce que les précédentes ; Peut-être que le « tumulte » des débats m’avait momentanément détourné de mes angoisses. J’avais rendez-vous à 10 heures avec l’urologue. Le docteur Vallat ne me reçut que trois quarts d’heure plus tard. L’attente est toujours compliquée. Je savais qu’il allait me proposer une biopsie. Il parlait d’ailleurs des biopsies. Cela ne m’enchantait guère. Les retours qu’on m’avait faits de cet examen étaient peu réjouissants. La description que m’en avait fait mon beau-frère était assez effrayante. François me conseillait d’ailleurs d’exiger une anesthésie générale si j’avais la malchance d’être obligé de subir ce protocole. Il l’avait vécu et se promettait de ne plus jamais l’endurer.
Un
incident eut lieu dans la salle d’attente. Nous étions nombreux car la salle
était commune à plusieurs médecins. L’arrivée d’un couple âgé fut remarquée.
L’homme souriant se déplaçait difficilement et parlait assez fort. Il était
très probable qu’il souffrait de problèmes cognitifs. Il disait tout haut ce
qu’il pensait tout bas. Sa compagne, un peu gênée, était tout aussi
sympathique. Tout d’un coup un type apostropha le vieil homme en le sommant de
se taire, qu’il dérangeait tout le monde, avec des mots que je trouvais d’une
violence plus que déplacée. Il se tut aussi vite qu’il avait mugi. Je ne suis
pas intervenu. Pas par lâcheté mais trop centré sur moi. Je le regrette encore
des mois plus tard. Il m’a semblé qu’une larme perlait au coin de l’œil de la
compagne du vieil homme. Dans la minute qui suivit, le sale type est parti.
J’ai juste eu la possibilité de lui adresser le regard le plus réprobateur que
j’ai pu. Il a baissé les yeux. Comment peut-on être aussi cruel avec un homme
âgé ? Comment peut-on ignorer les problèmes cognitifs dont sont victimes
les plus âgés d’entre nous ? J’étais perdu dans ces pensées lorsque le
docteur Vallat est arrivé. Je l’ai suivi seul. Cécile m’attendait dans la salle
d’attente. Il fallait aussi gérer le parking, le disque, ne pas dépasser
l’horaire autorisé.
Il
a commencé par me décrire la situation de la manière la plus neutre possible. A
cet instant, je lui reprochais en moi-même un certain manque d’empathie, mais
peut-être était ce de la retenue. Il y avait des aspects positifs, un PSA à
4,52, pas si élevé que ça, un toucher normal, une prostate de taille moyenne au
regard de mon âge…bref, rien d’inquiétant jusqu’à l’analyse de l’IRM. Pas de
doute, il fallait des biopsies pour se rassurer, ou pas. J’ai tenté furtivement de négocier une
anesthésie générale en prétextant une douleur trop compliquée à gérer de ce
qu’on m’en avait dit. Il a presque ri. C’était bizarre. Ce n’était pas
possible, c’était superfétatoire. Selon lui, l’examen était très désagréable,
certes, mais la douleur restait supportable. J’ai remballé mes craintes et j’ai
dit ok. Quand ? Le 21 juillet si j’étais libre. J’étais libre. J’avais
réservé un séjour dans un camping jusqu’au 10 juillet près de Noirmoutier.
Cécile adorait cet endroit. Donc on allait se revoir le 21 à 13h45 pour ces
indispensables biopsies. Il en prévoyait quatorze.
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