samedi 7 novembre 2026

Le doute (suite)

 Curieusement, la nuit qui suivit fut plus douce que les précédentes ; Peut-être que le « tumulte » des débats m’avait momentanément détourné de mes angoisses. J’avais rendez-vous à 10 heures avec l’urologue. Le docteur Vallat ne me reçut que trois quarts d’heure plus tard. L’attente est toujours compliquée. Je savais qu’il allait me proposer une biopsie. Il parlait d’ailleurs des biopsies. Cela ne m’enchantait guère. Les retours qu’on m’avait faits de cet examen étaient peu réjouissants. La description que m’en avait fait mon beau-frère était assez effrayante. François me conseillait d’ailleurs d’exiger une anesthésie générale si j’avais la malchance d’être obligé de subir ce protocole. Il l’avait vécu et se promettait de ne plus jamais l’endurer.

Un incident eut lieu dans la salle d’attente. Nous étions nombreux car la salle était commune à plusieurs médecins. L’arrivée d’un couple âgé fut remarquée. L’homme souriant se déplaçait difficilement et parlait assez fort. Il était très probable qu’il souffrait de problèmes cognitifs. Il disait tout haut ce qu’il pensait tout bas. Sa compagne, un peu gênée, était tout aussi sympathique. Tout d’un coup un type apostropha le vieil homme en le sommant de se taire, qu’il dérangeait tout le monde, avec des mots que je trouvais d’une violence plus que déplacée. Il se tut aussi vite qu’il avait mugi. Je ne suis pas intervenu. Pas par lâcheté mais trop centré sur moi. Je le regrette encore des mois plus tard. Il m’a semblé qu’une larme perlait au coin de l’œil de la compagne du vieil homme. Dans la minute qui suivit, le sale type est parti. J’ai juste eu la possibilité de lui adresser le regard le plus réprobateur que j’ai pu. Il a baissé les yeux. Comment peut-on être aussi cruel avec un homme âgé ? Comment peut-on ignorer les problèmes cognitifs dont sont victimes les plus âgés d’entre nous ? J’étais perdu dans ces pensées lorsque le docteur Vallat est arrivé. Je l’ai suivi seul. Cécile m’attendait dans la salle d’attente. Il fallait aussi gérer le parking, le disque, ne pas dépasser l’horaire autorisé.

Il a commencé par me décrire la situation de la manière la plus neutre possible. A cet instant, je lui reprochais en moi-même un certain manque d’empathie, mais peut-être était ce de la retenue. Il y avait des aspects positifs, un PSA à 4,52, pas si élevé que ça, un toucher normal, une prostate de taille moyenne au regard de mon âge…bref, rien d’inquiétant jusqu’à l’analyse de l’IRM. Pas de doute, il fallait des biopsies pour se rassurer, ou pas.  J’ai tenté furtivement de négocier une anesthésie générale en prétextant une douleur trop compliquée à gérer de ce qu’on m’en avait dit. Il a presque ri. C’était bizarre. Ce n’était pas possible, c’était superfétatoire. Selon lui, l’examen était très désagréable, certes, mais la douleur restait supportable. J’ai remballé mes craintes et j’ai dit ok. Quand ? Le 21 juillet si j’étais libre. J’étais libre. J’avais réservé un séjour dans un camping jusqu’au 10 juillet près de Noirmoutier. Cécile adorait cet endroit. Donc on allait se revoir le 21 à 13h45 pour ces indispensables biopsies. Il en prévoyait quatorze.

On marchait côte à côte pour rejoindre notre véhicule garé dans une petite rue à l’écart de l’hôpital. Elle était à l’ombre de grands pins parasols. On prenait soin de nos voitures. Mais là, je m’en foutais complètement. Par réflexe, j’évitai le trottoir maculé de prunes écrasées, mûres trop tôt. J’essayais de maîtriser l’angoisse qui montait en moi et je voyais bien que le regard de Cécile n’était pas plus rassurant. Elle avait peur pour moi. D’autant que son frère François avait été particulièrement alarmant. Il racontait qu’il avait dit à son urologue : « Vous l’avez déjà subi cet examen ? Non hein ! Faites-le on en reparlera. » Je ne pouvais m’empêcher de sourire en imaginant la situation. 

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Le doute (suite)

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